Témoignages

Témoignage  de Madame T. qui a subi l’excision en ce 21ème siècle.

« J’avais sept ans lorsque j’ai été excisée. A l’époque  j’habitais avec ma mère à Ziguinchor au sud ouest du Sénégal c’est-à-dire à 400 kilomètre de Dakar. Mon père travaillait à Dakar dans la capitale.

Un jour pendant les vacances d’été, c’est-à-dire la veille de mon calvaire, ma mère m’a donné des gris gris à porter : un autour des reins, un autre sur la tête. Je me souviens ma première réaction était : c’est quoi ça ?  Ça sert à quoi ?
C’est alors que mes tantes qui étaient présentes m’ont répondu, c’est pour éviter les accidents de la route puisque tu voyages demain, tu vas rendre visite à ton père.

Très contente à l’idée de voyager, je n’ai pratiquement pas fermé les yeux de la nuit. Je me souviens que j’ai réveillé par deux fois ma mère pour lui dire qu’on allait rater le car.
A quatre heures et demi, toutes les femmes de la famille se préparaient pour m’accompagner. J’étais très curieuse, j’ai encore une fois demandé à ma mère pourquoi mon oncle ne m’accompagnait pas. Sa réponse fût : « il travaille demain et il ne peut pas venir ».

Jusque là je ne me doutais de rien puisqu’elles avaient préparé ma valise et tout le nécessaire pour un long voyage.
Nous marchions dans le noir et nous n’avons rencontré personnes. On n’entendait que nos pas, le souffle du vent et le chant des oiseaux.
A un moment donné, nous avons emprunté un chemin sinueux qui ressemblait à une forêt. Au bout de ce chemin, il y a une case en paillote. Arrivée sur les lieux, j’ai remarqué d’autres fillettes avec leurs mères qui attendaient. Encore une fois, j’ai demandé à ma mère ce que cxnous faisons dans ce lieu et qui étaient ces gens ?

La réponse qu’elle m’a donnée était : le chauffeur est parti faire le plein, il ne va pas tarder. Quelques instants plus tard, un groupe de femmes arrive. Sans qu’on le sache, c’étaient l’exciseuse et son assistance. Après presque un quart d’heure passé, elle a commencé son œuvre. Dès sa première excision, j’ai entendu des cris, j’ai demandé à ma mère pourquoi ces pleurs, elle m’a dit qu’il fallait se doucher avant le départ et que certaine fillette n’aime pas se laver.

Mais sa réponse ne m’a pas du tout convaincu, ni rassuré. Je sentais que je n’étais pas en sécurité, même avec la présence de ma mère et mes tantes.
Les femmes commençaient à danser, chanter  pour que nous n’entendions pas les cris des autres fillettes.

Et quand mon tour fût arrivé, une fois dans la case, ma mère ainsi que mes tantes se sont retirées pour me laisser entre les mains d’une inconnue. Elle s’est approchée et a ôté ma culotte. De suite je l’ai remise et j’ai commencé à pleurer.  Du coup elle a employé la violence. Elle m’a terrassé, s’est assise sur ma poitrine et m’a bandé les yeux. J’ai tellement hurlé qu’elles ont fini par me mettre un bout de tissu dans la bouche pour atténuer les cris.

Une fois à l’extérieur de la case, elle m’a couché sur une bâche humide, mais je me débattais pour me lever. Là j’ai senti qu’il y avait au moins quatre femmes pour me plaquer au sol. Et après l’exciseuse m’a horriblement fait mal.
Juste après mon excision, ma mère m’a dit que je ne dois jamais raconter ce que je viens de subir, elle disait que c’était une affaire de femme. Et qu’il ne fallait surtout pas que mon père soit au courant.

Pendant les semaines qui ont suivi mon excision, j’ai fait des cauchemars comme si j’allais être excisée une nouvelle fois. Je ressentais des douleurs atroces, et aller aux toilettes était un véritable défi, sans oublier que je ne pouvais pas marcher correctement.
Bien sûr, j’en ai voulu à ma mère de m’avoir menti. Elle  a trahi ma confiance.

Nous avons tous rejoint mon père à Dakar et je lui ai tout raconté. Il était très remonté contre ma mère. Et si seulement cela pouvait la calmer !

Mais à l’âge de 10 ans encore une fois pendant l’été, mon père était en mission, ma mère m’a ramené chez une autre exciseuse. Ma cicatrice s’était infectée. On avait l’impression que mon clitoris avait repoussé au bout de cette cicatrice.

Une fois encore, « rebelote ». Je vous épargne l’atrocité de cet acte car rien que d’en parler, j’ai l’impression de la subir encore.
J’ai lu beaucoup de témoignages sur l’excision, mais parmi toutes les femmes qui en parlent, personne ne l’a subi 2 fois. Et quand j’entends d’autres femmes qui ont subi les mutilations génitales féminines défendre cette pratique, je m’insurge.

J’ai grandi, j’ai une santé fragile. Je lis, j’entends parler des conséquences puis j’ai fait un rapprochement, je me suis dit que c’est sûrement les conséquences de cette excision.
Quand j’entends mes amies  racontées leur vie sexuelle, je les envie et je me demande pourquoi je ne ressens pas les mêmes sensations qu’elles ? Quelle est cette coutume qui prive la femme de son droit à ressentir du plaisir ? Sommes-nous à la merci des hommes ? Qui est ce qui a inventé cette pratique ? Si c’est cela une coutume, je suis prête à la renier, la combattre. »